L’Afrique est mal placée pour faire face à la situation sanitaire

LA PANDÉMIE en Afrique ne sera pas seulement une crise de santé publique ou économique.Elle risque de devenir une urgence politique qui menace les progrès démocratiques que les pays du continent ont réalisés ces dernières années.


L’Afrique est mal placée pour faire face à la situation. Seuls quelques pays disposent de filets de sécurité sociale et d’un espace budgétaire pour amortir l’impact de la grave récession économique prévue par le FMI et la Banque mondiale. Des millions de personnes peuvent perdre leur emploi ou d’autres sources de revenus. Cela entraînera une détresse sociale généralisée et peut-être des bouleversements politiques, en particulier chez les jeunes qui manquent de travail et de possibilités plus que jamais.

 

Cette convergence des crises économiques, sociales et politiques menace la stabilité. Ironiquement, les élections démocratiques seront le match qui allumera le fusible. Au moins 18 pays africains, dont l’Éthiopie, le Ghana et la Côte d’Ivoire, devraient organiser des élections nationales en 2020. La majorité d’entre eux sont au cœur de conflits ou en sortent tout juste, comme le Niger, le Burkina Faso et la République centrafricaine. Les gouvernements sont confrontés à un énorme défi: imposer des restrictions sociales strictes pour éviter la contagion, tout en permettant aux citoyens de participer de manière significative au processus électoral.

Cela pose des questions complexes concernant les droits humains fondamentaux, l’intégrité de la démocratie et la légitimité des gouvernements. Les réponses signifient des compromis difficiles. Mais le peuple et les dirigeants africains doivent être vigilants pour veiller à ce que la pandémie ne devienne pas une excuse simplement pour éviter ou reporter des élections à des fins politiques, ou pour instituer des mesures autoritaires et antidémocratiques au nom de la santé publique.

Que peut-on faire pour garantir les acquis démocratiques et les libertés individuelles que les Africains ont obtenus ces derniers temps souvent à  des grands frais ?

Les gouvernements et le public peuvent prendre plusieurs mesures, sur la base des recommandations d’un groupe international d’experts électoraux convoqué par la Fondation Kofi Annan.


Le principe fondamental est la primauté du droit. Les mesures d’urgence concernant les élections devraient être fondées sur des dispositions constitutionnelles et des lois électorales.

Lorsque le cadre juridique national ne prévoit pas la situation actuelle, des modifications juridiques doivent être apportées conformément aux normes internationalement acceptées. Le report des élections ne doit pas être illimité. Il devrait plutôt y avoir une clarté et un accord sur le moment où la situation sanitaire permet la tenue d’élections avec une assurance raisonnable de sécurité. Ensuite, la confiance politique. Les dirigeants devraient se consulter largement pour parvenir à un consensus dans le paysage politique. Si ce n’est pas le cas, les mesures d’urgence peuvent être perçues comme une stratégie de gain politique par les opérateurs historiques. Cela sape la confiance du public nécessaire pour faire face à la crise sanitaire.

Troisièmement, la transparence. Les gouvernements et les autorités électorales devraient assurer une communication claire et fréquente avec le public. Les citoyens devront comprendre quelles mesures sont envisagées, par qui et pour quels motifs. Les médias et les groupes de la société civile ont un rôle crucial à jouer pour préserver la démocratie en surveillant les politiques, en encourageant le débat et en mettant en lumière les questions critiques. Les gouvernements doivent protéger la liberté d’expression. Les dissimulations en politique comme en santé ne font qu’empirer les choses.

Enfin, le principe de proportionnalité. Toutes les mesures que les gouvernements prennent – comme la protection dans les bureaux de vote, ou les changements dans la façon dont les électeurs sont enregistrés, les bulletins de vote sont déposés ou les votes sont comptés – doivent être raisonnables et proportionnées au risque pour la santé. Le virus n’est pas une excuse pour ignorer de saines pratiques électorales. Les experts électoraux devraient être consultés le plus tôt possible. Même avec des élections libres et équitables, la démocratie en Afrique est menacée par des économies fragiles. Les pays auront besoin d’une aide substantielle pour surmonter la crise. Les gouvernements et leurs partenaires internationaux doivent éviter les politiques échouées du passé, alors que même si la dette a été annulée ou rééchelonnée, les budgets de l’éducation et des soins de santé ont été réduits. Cela a contribué aux troubles en série qui ont submergé de nombreux pays. Imposer l’austérité budgétaire dans un chômage de masse menacerait la stabilité et le progrès démocratique. Les moments difficiles rendent souvent les gens particulièrement vulnérables au chant des sirènes des populistes et des extrémistes faisant le commerce des inimitiés communautaires. Ce n’est qu’avec de telles mesures que l’Afrique pourra empêcher une crise sanitaire de tuer ses démocraties naissantes.

 

AlgerieMonde.Live

 

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